Je pense que le théâtre est l’art de se confronter à l’altérité et aux risques qu’elle implique nécessairement - Koffi Kwahulé

Je pense que le théâtre est l’art de se confronter à l’altérité et aux risques qu’elle implique nécessairement - Koffi Kwahulé

Soft Parade

Anne Solomin

Résidence : 27/11 > 08/12/2020 

Claude Rouyer Le couloir

“Il n’y a pas de secret. L’autre ne peut changer son rôle que parce que tu refuses de changer le tien. Mais chaque seconde, alors qu’un nouvel acteur entre en scène, il est possible de modifier le scénario, de ne pas vouloir du rôle qui nous a été assigné, de changer le texte, de sauter un acte. La révolution ne commence pas par une marche au soleil, mais par un hiatus, par une pause, un déplacement minuscule, une déviation dans le jeu des improvisations et des apparences.”

Paul B. Preciado (2016)
Oublier l’idée d’être spécial – Chronique Libération


Qu’est-ce que cette idée de révolte ? Ce sentiment d’indignation, cette attitude de refus d’obéir, de se soumettre ?

D’où vient-il ? Est-il présent en chacun de nous ? Il nous semble qu’il faut penser les choses en partant de l’intime, de l’intérieur, de ce que nous sommes intrinsèquement. C’est peut-être d’abord une révolution personnelle qui s’exécute dans un rapport à l’autre, au sein d’un groupe ou d’une société. Exister, est-ce résister ? Nous ne choisissons pas où l’on grandit, nous ne choisissons pas jusqu’à notre sexualité, notre religion, notre genre, notre classe sociale, notre patrimoine. Ainsi la révolte semble se mettre en place dans le creux d’une éducation, celle que l’on reçoit de l’environne ment qui nous voit naître ; cette éducation qui dicte nos normes et nos valeurs. Sommes-nous à même de lutter contre ce système ? Qu’est-ce qui au fond nous pousse à refuser notre quotidien, en allant parfois jusqu’à la violence. Et pourquoi au final ne nous révoltons-nous pas plus souvent ?

Jamais il nous a semblé aussi vital de se poser ces questions là, de creuser la terre pour retourner aux racines de notre métier. A l’heure de la crise sanitaire où les espaces de contacts, de paroles vivantes, de dialogues vers un ailleurs sont quasi-inexistant et mis sous contrôles il ne nous est jamais semblé aussi vital de se pencher sur le réel.

Le plateau à l’avenir se devra d’être le lieu de ce dialogue, de cette parole révoltée et nous voulons que cela passe par la rencontre avec cette jeunesse incandescente. Nous devons retrouver cette faculté d’indignation, en s’entourant de l’adolescence d’aujourd’hui qui porte les espérances d’une décennie nouvelle. Une foule en feu au sein de laquelle pourront naître de nouveaux printemps.

Mise en scène Anna Solomin, Gaspard de Dadelsen, Lumière / Scénographie Sibylle Cabello Interprétation Anaïs Aouat, Pénélope Guimas, Nicolas Payet