Je pense que le théâtre est l’art de se confronter à l’altérité et aux risques qu’elle implique nécessairement - Koffi Kwahulé

Je pense que le théâtre est l’art de se confronter à l’altérité et aux risques qu’elle implique nécessairement - Koffi Kwahulé

BLBL

Bogdan Kikena

Résidence : 8>26/11/2020

Photos de répétitions – janvier 2021@Charlotte Hermant

… lorsque le pacte social ne repose plus que sur la conscience désabusée que rien d’essentiel ne changera jamais, c’est-à-dire sur la frustration de toutes les espérances, l’énergie utopique désormais sans objet s’investira tout entière – comme par compensation – dans des rêveries eschatologiques, dans l’attente de la catastrophe finale qui détruira le monde, pour que de ses ruines surgisse peut-être une humanité nouvelle.” 

Stéphane Mosès dans L’Ange de l’Histoire

Le chantier de Babel, à quoi ressemblait-il ? 

Ce chantier immense où des hommes et des femmes liés par une même langue – une langue commune – posèrent les fondations de la première ville, et d’une tour dont le sommet devait toucher le ciel. Ce chantier arrêté par un dieu jaloux, qui ne put supporter ni l’oeuvre ni la cité, et qui dispersa les hommes et les femmes sur toute la surface de la terre – et la langue commune dans une infinité de langues – et qui dispersa l’unité, perdue à jamais. 

Je veux revenir à ce chantier car je crois qu’il s’agit d’un chantier qui n’a jamais pris fin. Je veux mettre mon contexte contemporain à l’épreuve de cette énigme, car je crois que notre rapport à l’histoire (et donc : à ce qu’il nous est permis d’espérer) se joue dans les fracas de ce chantier. Que serait un théâtre du chantier ? Un théâtre en chantier ? Comment écrire à partir des ruines de Babel et comment remettre en jeu l’enthousiasme et l’épuisement de ce mythe fondateur ? 

Dès l’origine du mythe, un mouvement pendulaire nous déporte d’une énigme à l’autre, selon que l’on choisisse de se fier à l’une des deux étymologies du nom Babel

BLBL : bredouiller, confondre, nous dit la kabbale hébraïque. 

Le nom porterait alors en lui les stigmates de la désunion à venir, les présages d’une destruction annoncée. L’utopie, dans son fondement même, ne serait qu’orgueil et impuissance. 

Mais il se pourrait également que le nom de Babel provienne de l’akkadien Bab-Ilum : la porte des dieux.

Ainsi, de l’espoir au châtiment, du rêve au cauchemar, l’énigme aux deux visages veut être regardée dans les yeux.

C’est en elle que se jouent tous nos désirs et toutes nos espérances d’émancipation et d’unité.

C’est en elle que se jouent tous nos désespoirs et toutes nos résignations.

C’est en elle que l’on peut être à la fois 

Après la victoire,

Après la défaite.