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"Notre tâche (ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur) est de travailler à la différence." Heiner Müller

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  • Les Invisibles, un spectacle qui n’est pas passé inaperçu !

    Un grand nombre de spectateurs sont venus en groupe découvrir la reprise des Invisibles qui ouvrait notre saison 2014-2015. Ce sont en tout pas moins de 8 groupes scolaires et 9 groupes associatifs qui ont occupé les deux longues rangées de spectateurs du dispositif scénique durant les trois semaines de représentations au Théâtre Océan Nord.
    Une élève du Collège Saint-Hubert de Bruxelles nous a livré un très beau commentaire écrit du spectacle, tout en finesse et sensibilité ; nous vous proposons de le découvrir ici.

    - publié le 18 novembre 2014 -

    « J’ai 13 ans et suis élève du Collège St-Hubert à Boitsfort. Quand mon prof de français nous a proposé de lire Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas pour ensuite apprécier à sa juste valeur la pièce Les Invisibles qu’Isabelle Pousseur en a tirée, j’ai cru que c’était de nouveau là un travail de lecture pénible pour nous forcer ensuite à aller nous trainer au théâtre voir une pièce ennuyeuse et compliquée.
    Quelle surprise alors que de découvrir un livre soi-disant ‘pour adultes’ que nous avons dévoré d’une traite après que notre prof de français nous en ait astucieusement lu quelques passages aussi émouvants que passionnants. Il faut dire qu’il a le chic de nous intéresser à tous les sujets : comme Florence Aubenas et les comédiennes du spectacle que nous avons eu la chance de rencontrer, il nous parle comme à des adultes, tout en nous faisant sentir que, bien que nous soyons des enfants, nous sommes à même de comprendre aussi bien que des ‘grands’ les enjeux qui régissent le monde d’aujourd’hui, afin que demain nous puissions en être les vrais acteurs.

    Au départ de l’histoire, il y a une question qui hante Florence Aubenas : comment définir et préciser l’impact de la crise économique sur la vie quotidienne des plus défavorisés, ceux que la vie n’a pas gâtés, qui ont souvent connu les petits boulots et le chômage. Elle veut comprendre les mécanismes de ce type d’exclusion sociale et ce que signifie vraiment ce mot ‘crise’ pour ces gens. Elle veut écrire pour témoigner. Alors, pendant plusieurs mois, elle va jouer le jeu et entrer dans la peau d’une femme de 48 ans sans formation, sans expérience et devenir une femme de ménage tellement peu considérée et même parfois humiliée, qu’elle finit par devenir transparente : une ‘INVISIBLE’ aux yeux de la société !

    Ce qui est extraordinaire ici, c’est que le livre paraît d’abord être un simple documentaire sur les précaires, un témoignage journalistique destiné au magazine Nouvel Observateur pour lequel travaille Florence Aubenas. D’ailleurs, la metteure en scène Isabelle Pousseur nous a expliqué que l’auteure elle-même avait été réticente à l’idée d’une adaptation théâtrale ! Cela m’a beaucoup étonnée car, à jouer le jeu d’une femme de ménage et à déguiser la vérité, Florence Aubenas elle-même est devenue actrice d’une réalité qu’elle a voulu restituer…

    Bien sûr, la pièce Les Invisibles raconte la fatigue nerveuse, les horaires qui n’en finissent pas, les déplacements incessants d’un travail à l’autre, la course contre le temps qui file trop vite et la fragilité de ces femmes qui doivent subir et se taire ! Mais surtout, elle met en valeur l’importance de la rencontre, les amitiés, la solidarité et les petits moments de bonheur arrachés à un monde où un CDI de 5h30 à 8h du matin, payé 9 euros brut de l’heure, sert de passeport pour le paradis !

    Mais cette pièce est un témoignage d’utilité publique car elle est une photo de la société contemporaine, victime d’un libéralisme sans pitié qui a entrainé la crise économique d’aujourd’hui et l’humiliation de ceux qu’il exploite comme ses esclaves ! L’histoire révèle surtout que même au comble de la misère, au plus sombre de la désespérance, l’être humain le plus humilié survit grâce à la rencontre : le capitalisme et l’appât du gain auront beau engloutir les valeurs les plus fondamentales de notre monde moderne, l’humanisme et la solidarité sont insubmersibles !

    Il me reste des Invisibles une tonne d’images, de paroles, mais surtout un torrent d’émotions qui m’ont submergée, de frissons me parcourant l’échine sans fin, tellement les mots de Florence Aubenas sont justes et le brio de la conjugaison des talents de Magali Pinglaut et Catherine Mestoussis sont uniques ! Elles chantent, dansent, jouent une multitude de personnages, hommes et femmes confondus, tout en nous faisant rire et réfléchir et en passant sans cesse de l’humour à l’émotion la plus forte. Une vraie prouesse d’actrices qui a fait qu’à la fin de la pièce, j’ai applaudi à tout rompre en étant au bord des larmes ; je n’avais jamais rien ressenti d’aussi fort en allant voir un spectacle et pourtant, ma mère étant comédienne, j’y vais souvent…

    J’ai adoré aussi qu’on entre au Théâtre Océan Nord accueillis par une phrase d’Heiner Müller que nous avons reproduite sur les murs de notre classe : « Notre tâche, ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur, est de travailler à la différence… » Cela montre le pouvoir du théâtre et de l’art en général pour nous révéler l’originalité et l’importance de chacun. Car je crois bien que les êtres humains souffrent aujourd’hui du pouvoir excessif des banques et de l’argent. Les Droits de l’Homme ont besoin du théâtre et de l’école pour être clamés haut et fort. C’est génial que des profs et des acteurs puissent se compléter pour nous faire comprendre ça !

    Après avoir vu cette pièce, j’ai découvert plusieurs choses : d’abord que je veux faire du théâtre plus tard et j’espère devenir un jour à mon tour comédienne. Ensuite, je veux dire que Le Quai de Ouistreham est un très grand livre et que Florence Aubenas est un auteur essentiel. Je voudrais encore ajouter que le Théâtre Océan Nord est un lieu de salubrité publique et que tout le monde devrait y aller ! Que Isabelle Pousseur, son équipe, Catherine Mestoussis et Magali Pinglaut, sont absolument géniales ! Et enfin, je me suis dit que, puisque l’on sort si différents de ce livre et de cette pièce que lorsqu’on y est ‘entrés’, c’est parce qu’on ne lit pas Le Quai de Ouistreham et qu’on ne regarde pas Les Invisibles : on les vit ! »

    Sarah, élève de 1ère au Collège Saint-Hubert de Boistfort.

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