"Notre tâche (ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur) est de travailler à la différence." Heiner Müller

"Notre tâche (ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur) est de travailler à la différence." Heiner Müller

MERCEDES ou presque – Laura Ughetto

Résidence : 24/02 > 07/03/20

© E. Pagant

J’ai toujours eu la sensation d’être une inadaptée. Ayant grandi entre les rues bourgeoises d’Aix-en-Provence et les quartiers Nord de Marseille, j’avais pourtant des facilités scolaires qui me vouaient à un métier « normal », qui rapporte et qui en jette. Or je me suis dirigée vers l’Art, comme on se dirige vers l’alcool: quand on perçoit quelque chose dans ce monde de trop insupportable. J’ai trouvé dans Mercedes de Thomas Brasch un écho à cette sensation, une réponse à la hauteur de mon vertige: un univers aux titres* poético-scientifico-absurde, ni passé ni futur, où le jeu et l’imaginaire semblent être les seules issues possibles pour la survie de l’humanité.

Laura UGHETTO

Un jeune homme et une jeune femme, sans travail, sans domicile fixe, sont livrés à eux-mêmes. Tous deux errent dans une lande déserte qui pourrait s’apparenter à un bord d’autoroute, où s’entassent les restes d’un monde qui n’a plus besoin d’eux, et où passent parfois des Mercedes – la réussite. Oï et Sakko – des prénoms juste comme ça – parlent mal, mélangeant argot des banlieues et clichés de blockbusters américains. Rejetés jusqu’aux frontières de la langue, seuls comptent les jeux qu’ils inventent pour être ensemble, jouer à la Mercedes. Dans cet Éden équivoque surgit soudain l’Homme à l’Auto, un ancien industriel ayant fait faillite, figure énigmatique qui pourrait s’apparenter à la Mort elle-même. Ici, le temps n’est plus lié au travail, avec des espoirs trop riches et des mots trop pauvres, ils sont voués à tout expérimenter – amour, drogue, meurtre – pour trouver une raison de vivre.

– Maisdémarrej’tedis
– L’av’làquir’commence « Démarre » Etavecquoi
– AvectaMercedesdemerdeputain
– Qu’estcetuveuxquimarchequ’existepas
– Démarrej’tedis

Oï et Sakko, texte librement adapté de Mercedes de Thomas BRASCH

Conception et mise en scène Laura Ughetto – Avec Christian Cordonier, Fanny Esteve et Isaac Thomas – Scénographie, costumes et accessoires Camille Lemonnier – Création lumières Iris Julienne – Création sonore Adrien Pinet – Assistanat et régie plateau Hugo Favier